samedi 13 janvier 2007

L'excentrique

Après un petit problème technique qui m'a passablement énervé hier, au point de menacer l'intégrité de mon clavier et de mon unité centrale, me voilà plus ou moins en état de vous causer de l'aspect le plus original de ma vie quotidienne.
J'ai deux enfants et je vis avec leur mère depuis une vingtaine d'années ; nous travaillons tous deux et ne sommes ni séparés ni divorcés mais ce n'est pas là le plus original.

Voilà! Depuis dix-huit ans, nous vivons sans télé à la maison.
Je sens que je vous étonne, là, hein?
Le plus beau, c'est que je n'ai presque rien à ajouter : la télé ne me manque pas, je ne trouve pas le temps long, j'ai même assisté à la finale de la dernière coupe du monde (dans un bar, sur un écran géant).
Les informations? Disons les nouvelles... La radio les donne, aussi fausses et orientées certes qu'à la télé, mais elle les donne. Et puis depuis quelques temps il y a internet. Encore faut-il savoir lire.

Pourquoi je parle de la télé alors? Eh bien, d'abord, pour me faire remarquer, pour faire le malin.

presque aussi excentrique que de marcher sur les mains
Je ne crois pas qu'en France, de nos jours, il y ait beaucoup de personnes qui puissent se vanter de n'avoir pas la télé depuis près de vingt ans. C'est presque aussi excentrique que de marcher sur les mains ou de sauter à l'élastique...
Il faut dire que ce n'est pas très encouragé, de se passer de la télé...
De toutes façons, on ne peut échapper à la télé, et particulièrement aux informations (à la propagande, devrais-je dire) de TF1 (entre autres). Car tous les soirs la moitié de la population fait de TF1 son maître à penser. Les idées de TF1 deviennent rapidement les idées en vogue. Chacun répète ce qu'il a entendu, ou plutôt vu la veille. Les images ont parlé!

Elles ont dit que le commerce était la chose la plus indispensable du monde, que la recherche du profit maximum était la seule raison de vivre, que les riches méritaient d'être riches et que si les pauvres étaient pauvres, ils l'avaient bien cherché.

Voilà la philosophie dominante! celle qu'on entend dans tous les cafés du commerce du pays...
Les "gros", ceux qui ont depuis toujours l'argent et le pouvoir, ont compris ce qu'il y avait à gagner à posséder les principaux moyens de communication. Chaque jour, ils font ce qu'ils appellent de la "pédagogie" aux enfants qui peuplent la planète. Ils leur expliquent comment voter et ce qu'il faut accepter sans discuter, pour leur bien.
On pourrait se demander comment la droite, le parti des riches, peut conserver autant le pouvoir dans un monde où les gens modestes sont si nombreux. Eh bien, c'est par le moyen de la "pédagogie".


Pour être heureux dans la vie il faut des goûters sous cellophane.
Peu importe ce qu'on enseigne dans les écoles, ce soir la télé va expliquer à nos petits que leurs parents sont des has been et que pour être heureux dans la vie il faut des goûters sous cellophane, des jeux électroniques et des poupées filiformes par tombereaux. Mais la "pédagogie" de la télé s'adresse avant tout aux grands enfants, à ceux qui ont le droit de voter, et même celui de manifester leur mécontentement, par la grève par exemple.
La grève, ça coûte cher à la société, tel est le message des télévisions. Mais ne pas faire grève, ça coûte très cher aux salariés. A accepter trop de "réformes" on en serait réduit bientôt à travailler pour rien.

La télévision, cependant, je le reconnais, est utile. Elle est utile pour occuper les vieux laissés seuls dans leurs coûteuses maisons de retraite, les enfants dont les parents n'ont pas les moyens de se payer une nurse pendant qu'ils font des heures supplémentaires, les chômeurs qui n'ont plus de volonté que pour appuyer sur les touches de la télécommande. Sans parler bien entendu de tous les travailleurs qui, fatigués, lessivés par le labeur quotidien et les trajets trop longs s'effondrent sur leur canapé pour achever leur décervellement.

Ah! des réformes, ce pays en a bien besoin... mais ce ne sont peut-être pas celles dont parle TF1...

Aucun commentaire: