dimanche 21 janvier 2007

Malaterra, de Philippe Carrese


Philippe Carrese est né à Marseille en 1956. Il a reçu plusieurs récompenses pour ce film.
Malaterra se passe en Provence en 1916, et a la particularité d’être tourné en provençal, sous-titré français. Dans un souci de réalisme, chacun s’exprime dans la langue qu’il est supposé utiliser dans la réalité : le facteur, les gendarmes parlent français, d'autres alternent « patois » et français suivant les circonstances. Pour un hameau reculé, la langue française paraît très présente, trop peut-être pour 1916.

Ce film rappelle Affreux sales et Méchants de Scola, que Philippe Carrese avait certainement en tête, particulièrement pour le rôle du patriarche.
Le jeu des acteurs, l’image, les décors, le scénario, tout est beau et bien fait, bien en place, on ne s’ennuie pas.

On trouve dans cette malheureuse famille provençale un patriarche veuf donc, apparemment cloué sur sa chaise par un handicap, mais tyrannique, alcoolique, cynique et brutal, prêt à détrousser le sourd-muet (ou cru tel) auquel il a offert l’hospitalité. Sa fille nymphomane manie, après boire, le fusil aussi bien sur les lapins que sur les humains. Tous deux ont grand besoin de dentiste. La petite-fille soufre de dérangement mentaux (inceste…), plus ou moins nymphomane également, c’est la vue du christ en croix qui lui procure excitation. Le petit-fils, un artiste dessinateur contrarié, passe son temps à draguer le facteur. La belle-fille, dont le mari est porté disparu est un personnage banal, il en fallait un.

Cela fait beaucoup pour un seul film, surtout destiné à un public familial («tout public» dit la fiche technique…) Trop de tares, de dépravations, de bizarreries pour une seule famille. L’effet d’accumulation nuit finalement à la vraisemblance. Cette critique pourrait évidemment convenir à la plupart des films qu’on tourne aujourd’hui. Trahison, meurtres, viols, inceste sont les ingrédients du (télé)film familial. Malaterra, n’échappe pas à cette règle.

Ceci dit il serait dommage de manquer ce rendez-vous avec la langue occitane, qui n’apparaît que très rarement dans le champ culturel français. A tel point qu’on pourrait se demander si elle existe vraiment. Elle a pourtant été parlée par douze millions de personnes avant d’être remplacée à grands frais par le français, au cours du siècle dernier. Les descendants de ces millions d'"acculturés"peuvent le voir, elle existe, mais comme le rocher de Malaterra, elle est interdite et maudite sans raison.

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