vendredi 22 juillet 2011

The Trip, film de Michael Winterbottom

La dernière fois nous avions assisté à la projection de Transformer, et lunettes bicolores sur le nez, au gré des effets spéciaux lourdingues j’avais senti mon vieux cerveau se transformer en une soupe où les neurones par milliers se noyaient, leurs cris d'agonie couverts par les grincements de ferraille et les hurlements hystériques en dolby stéréo.

Rien de tel ce soir, nous allons aux Ambiances, un cinéma d’Art et d’Essai. On s’y sent à l’abri de l’air du temps et de ses transformers. Les carreaux rouges, à l’étage, donnent un petit ton magique et nous pouvons jouir en paix du spectacle : nous serons quatre dans la salle. The Trip n’a pas tenté grand monde. Tant mieux pour mon agoraphobie.

Nous ne sommes pas assis que le film commence. Pas de publicité, c’est déjà ça. Ah… par contre, le film est en V. O. On verra par la suite que cela s’imposait. Nous allons faire quelques progrès en anglais, à condition de ne pas trop se focaliser sur le sous-titrage.

Le premier personnage, Steeve Coogan, joue son propre rôle. On comprend qu’il s’agit d’un acteur professionnel, il devait faire un voyage (le fameux trip) avec sa bonne amie, mais celle-ci est partie aux Etats-Unis pour faire sa carrière d’actrice. Il propose donc à une connaissance à lui de l’accompagner, Rob Brydon, qui joue lui aussi son propre rôle. On est bien en Angleterre : le ciel est bas, la lumière grise, on ne verra le soleil qu’une fois au cours de la projection. Steeve se rend donc chez Rob, qui laisse apparemment à regret une femme et un nourrisson et les voilà qui montent dans un 4X4 cossu et se dirigent vers le Nord. Le Nord est le pays natal de Steeve, né à Manchester.

The Trip n’est donc pas seulement un film Anglais. C’est un film Nordiste, et donc doublement provincial, presque un film régionaliste. Nous allons voir de beaux paysages, prairies jaunies par les longues périodes enneigées, murettes grises à perte de vue, collines brunes. Les routes rayent un paysage sauvage, séduisant, mais désert. Où sont les gens qui travaillent ce pays ? Où sont les paysans ?

Dans l’habitacle du 4X4 on ne s’ennuie pas. On a affaire à deux cabotins qui rivalisent d’effets de voix, chacun donnant à l’autre des leçons de professionnalisme. On se demande si les acteurs se moquent d’eux-mêmes, de leur provincialisme, où s’ils ne font que jouer le seul rôle qu’ils connaissent, le leur. Steeve est en principe, un acteur sérieux, mais Rob, lui, est un humoriste. Son personnage public l’a complètement phagocyté. A tout propos, il ne peut s’empêcher de contrefaire tel ou tel personnage connu. Pour le spectateur français que je suis, ses efforts sont bien inutiles. On a l’habitude certes de voir ici ou là Roger Moore ou Tom Cruise, mais en général ils sont doublés. Le seul personnage imité que j’aie reconnu est Woody Allen, première période enfin je pense l’avoir reconnu, il n’est pas nommé. Du coup Steeve est entraîné sur le terrain de la bouffonnerie, ce qu’il fait avec mauvaise humeur.

Car la vie de Steeve n’est pas simple. Caricature du quarantenaire du XXIème siècle, il est persécuté par un passé qui le poursuit au téléphone. Divorcé, évidemment, il s’entretient avec son ex-femme, avec son fils au téléphone. Son agent lui propose des boulots qui le déçoivent, toujours au téléphone, sa bonne amie le rudoie depuis les Etats-Unis, au téléphone.

Voyages en 4X4, conversations avec ses proches au portable, bouffes dans tous les restaurants chicos du pays, aventures sans lendemain avec le petit personnel – cela semble faire partie du service - visites rares et courtes à ses vieux parents, Steeve serait-il un salopard ? C’est ce qu’il se demande, dans ses rêves…

Bien sûr, Steeve est un pauvre type victime de son destin, qui s’abandonne à tous les penchants sordides de notre civilisation. Soucieux d’être un acteur humaniste, un comédien exigeant épris de poésie dans un monde de transformers, il devient peu à peu un jouisseur solitaire sans avenir et sans illusions.

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