samedi 7 juillet 2012

Woody Allen in Roma

Commençons par concéder ce qu'ont remarqué finement beaucoup de critiques : M. Allen écrit et tourne un film par an et il a bel et bien 76 ans. Il a tourné tant de films qu'il est bien peu probable que celui-ci soit son meilleur, ou même seulement un chef-d’œuvre. Dans ces conditions, pourquoi se déplacer alors qu'il est si simple de pondre une énième vague ineptie méprisante? Je ne sais quelle sommité du Masque et la Plume a même fièrement déclaré voici déjà quelques temps "Moi, les Woody Allen, ça fait des années que je ne vais plus les voir." C'est un critique de cinéma qui parle, on taira son nom par pudeur.

Mais laissons là la polémique. Ah! Si! On reprochera aussi à M. Allen de faire du tourisme. Autrefois on pouvait se gausser de sa manie de toujours tourner des comédies New-yorkaises, aujourd'hui  on fera des gorges chaudes sur sa collection de capitales Européennes (en plus il se trompe Barcelone n'est pas la capitale de l'Espagne, ah! ces Américains!). Lui-même reconnaît que ses films sont mauvais... mais M. Allen se compare à Fellini ou Bergman ou Strindberg, des auteurs qu'on ne connaît pas bien. D'ailleurs on ne connaît rien. L'autre jour j'écoutais Bonnaud, l'animateur vedette du Plan B sur le Mouv, racontant son entretien avec le maître, énoncer sans vergogne que Woody Allen était un cinéaste Hollywoodien. Il faut bien peu le connaître... Allen s'est toujours moqué des productions d'Hollywood, et les personnages de ses films passaient leur temps à éviter d'aller sur la côte Ouest... Allen est un cinéaste New-yorkais, examinez une carte des États-Unis et vous constaterez que New-York n'est pas à proprement parler la banlieue d'Hollywood...

Mais venons-en au dernier opus de la tête de turc de la critique. Eh non, avant il faut parler de la manie qu'a M. Allen de prendre systématiquement les meilleurs acteurs du moment, ou en tout cas les plus en vue... alors ça on n'y coupe pas. La distribution de ses films est toujours d'un goût sans faille, lui-même avoue choisir les meilleurs et se reposer ensuite sur leur interprétation. Faire confiance aux acteurs c'est un peu irresponsable, de l'avis des connaisseurs, ce qui est étonnant tout de même, c'est qu'à la fin on a quand même un film de Woody Allen, dans son style reconnaissable entre tous. Il faut dire que les films d'Allen sont très écrits. Le scénario fait, les acteurs choisis, le budget bouclé, eh bien le film est pratiquement terminé... C'est du moins ce qu'en dit l'intéressé lui-même, dans de nombreuses communications et autres publications que la critique n'a pas le temps de lire.

Avec Rome on a encore droit à un festival. Évidemment,  Roberto Benigni fait partie de la fête. Il est bon, certes, et même très bon, mais n'est-ce pas un peu trop attendu? Roberto joue un personnage ordinaire, très ordinaire qui, bizarrement, devient tout à coup la proie des paparazzis. Effet comique garanti, mais avec lui, c'est facile. Si l'on prend les meilleurs acteurs et qu'on est le meilleur scénariste, que reste-t-il aux autres? D'ailleurs ces scènes sont des resucées de Fellini à peine modernisées. Ceci dit, quand on voit ce que ça donne, les resucées de Fellini, on se prend à rêver que Woody ne soit pas le seul à en faire...

Nous avons là quatre nouvelles plutôt qu'un roman, quatre histoires qui s'entremêlent agréablement sans jamais se rejoindre. S'il y a unité, elle est thématique. A cet égard il faut noter la richesse des centres d'intérêts Alleniens. Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu envisageait surtout le problème de la vieillesse et des rapports intergénérationnels, Minuit à Paris roulait sur tout autre chose, ici, on revient à une thématique proche de celle de Celebrity, sur les servitudes et les turpitudes de la célébrité et du pouvoir, avec quelques scènes inénarrables, comme lorsque la prostituée de luxe jouée par Penelope Crutz se retrouve par extraordinaire dans une réunion d'hommes d’affaires et de politiciens qu'elle connaît à peu près tous... Il y a de la malignité à mettre en doute la moralité de ces gens (même si, en l'occurrence, il s'agit ici d'Italiens). On sait bien que les politiciens, exception faite de DSK, qui lui, "aime les femmes" cet original, tous les hommes de pouvoir sont des modèles de vertu. Le couple de provinciaux venu à Rome pour réussir, après ces péripéties, retournera dans sa province elle reprendra son boulot d'institutrice et lui se mettra à la peinture. Sagesse? conformisme?

Dans la lignée tout de même de Minuit à Paris on a l'histoire de cet entrepreneur de pompes funèbres qui chante bien, mais uniquement sous sa douche. Il lui faut la rencontre d'un metteur en scène connu pour son excentricité, maintenant en retraite mais désireux de reprendre du service, pour commencer sur le tard une carrière à l’Opéra (genre Italien s'il en est). Au passage, Allen tourne là une scène d’anthologie.

Une dernière histoire est un cliché Allénien, celle de la chronique de l'adultère annoncé. Un jeune couple reçoit une actrice esseulée annoncée pleine de charme et dangereuse, sous le regard expérimenté  d'Alec Baldwin, qui intervient auprès du jeune homme comme Bogart dans Tombe les filles et Tais-toi mais alors que Bogart encourageait à l'action un personnage maladivement timide, Alec Baldwin, désabusé, freine des quatre fers tout le long du film.

Un film riche, amusant et bien mené, donc, jubilatoire, satirique, nuancé, plein de finesse et de sous-entendus, toutes qualités insupportables je le reconnais, ce qui explique que dans l'ensemble, le public a préféré se distraire avec L’Âge de Glace V ou Batman XII

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