jeudi 16 août 2012

Pourquoi sommes-nous "stressés"?


Le mot stress, emprunté à l’anglais (américain) comme toutes les nouveautés bienfaitrices, est assez neuf dans notre langue, il remonte selon des sources fiables, aux années 50, mais est véritablement entré dans le langage courant au cours des années 80. Le stress est apparu en même temps que, disons, le confort moderne. Avec l’arrivée des antibiotiques, la généralisation de l’automobile, du frigo, de la télévision et de la longue cohorte des objets à moteur censés nous faciliter la vie, eh bien on est devenus stressés. Pourquoi, nous autres occidentaux, sommes-nous tellement stressés ?

Certes le risque de se faire estourbir à l’ancienne égorgé par un vagabond ou dévoré par une bête sauvage s’est sérieusement estompé. En contrepartie, dès lors qu’elle prend le volant, la plus pacifique des grand-mères gâteau se transforme en super prédateur potentiellement susceptible de réduire en bouillie depuis le hérisson fourvoyé jusqu’au cheval de trait échappé d’une ferme pédagogique, en passant, évidemment par tout ce qui peut ressembler de près ou de loin à un bipède humanoïde. Le meilleur conseil qu’on puisse donner au candidat à la longévité, c’est de bien regarder à droite et à gauche pour traverser et de ne prendre le volant qu’en cas d’absolue nécessité, sous peine de finir ses jours comme des gens aussi différents que le cinéaste Théo Angélopoulos, les écrivains Roland Barthes et Albert Camus, l’acteur James Dean, le poète Jean Follain, l’architecte Antoni Gaudi, le politicien d’extrême-droite Jörg Haider, l’actrice Grace Kelly, la «star» du cinéma pornographique Linda Lovelace, le boxeur Carlos Monzón,  l’écrivain niçois Louis Nucera, le ministre de la culture Michel d’Ornano, le peintre Jackson Pollock, le comique auvergnat Fernand Raynaud, l’écrivain Italo Svevo et  l’actrice Judy Tyler (à 24 ans, avec son conjoint et ses animaux de compagnie) et une quantité d’autres plus ou moins anonymes.

La voiture, en occident, est partout et on lui sacrifie notre environnement, elle prend, comme ces monstres des contes de fée, son quota annuel de chair humaine – sans faire le tri entre les jeunes et les vieux, mais avec tout de même une certaine préférence pour les jeunes. Cet objet, non content de nous écraser, nous rend également sourd. Le contemporain, en ville comme à la campagne, est environné nuit et jour par les vrombissements des automobiles. Des automobiles, en ville! mais à la campagne, où elles sont moins fréquentes, il faut ajouter  les tondeuses à gazon, les tronçonneuses, les débroussailleuses, les taille-haie, et, le bijou préféré des amis de la nature : la souffleuse à feuille, qu’on rencontre partout. Elle n’est pas mortellement dangereuse, certes, mais elle cumule quand même un bruit atroce (nécessitant l’emploi de protège-oreilles), une odeur de carburant consumé à vous faire tomber en syncope, un aspect proche de la chimère pesant sur les épaules du pauvre travailleur esclave de son engin, et, évidemment, une faculté à rendre irrespirable l’air environnant en ne laissant pas la moindre poussière au sol.

L’être humain est ainsi fait qu’il associe en général bruit et danger. Autrefois, le bruit sourd de la course du rhinocéros laineux sur la savane rouergate était signe qu’il fallait prendre ses jambes à son cou le plus rapidement possible. Aujourd’hui, on est environné des bruits de nos esclaves motorisés. Dans la cuisine, quel soulagement lorsque le four à nettoyage automatique cesse son travail! au jardin, quelle sensation de relaxation intense lorsque le voisin cesse de faire beugler son gyrobroyeur!
Si on est soulagé, c’est que l’on souffrait… Cette souffrance continuelle, c’est elle qui provoque le stress ! Pour l’éviter, une solution : éviter autant que faire se peut d’utiliser nos faux amis à moteur…

Aucun commentaire: