samedi 9 août 2014

Les socialistes sont-ils encore sociaux?


Sur France culture «l’atelier du politique» une émission consacrée à la gauche avec trois invités dont Noël Mamère. La question est : « Peut-on gouverner à gauche ? » ce qui semblait alléchant, mais les invités s’en sont tenus à des généralités, pour ne pas dire des banalités sans aucun intérêt. On n’a à aucun moment défini ce que serait une politique de gauche et Gérard Grunberg  (directeur de recherche à Sciences Po et spécialiste du PS) a passé son temps à faire le reproche à la Gauche française de ne pas avoir renoncé au marxisme comme l’a fait la gauche anglaise. C’est vrai que si la gauche était capitaliste, ça réduirait sérieusement les clivages idéologiques… Mais concrètement, en Grande-Bretagne, le bilan social de Tony Blair est-il plus reluisant que celui de Mitterrand ou de Jospin, ou même de Hollande ? Je n’en suis pas convaincu mais de toute façon, il n’en a pas été question et je crois bien que le mot « social » n’a pas été prononcé. Noël Mamère était d’accord avec lui, ce qui m’a laissé un peu rêveur, d’ailleurs, il a semblé regretter d’avoir à s’allier avec la gauche, il est écologiste, lui, avant tout, comme il l’a précisé, et les alliances qu’il passe, si j’ai bien compris, sont uniquement à but électoral.
On n’apprendra pas grand-chose sur ce que serait gouverner à gauche, et pas plus sur la possibilité qu’il y a de le faire dans le contexte actuel de mondialisation. Il y aurait eu matière à parler de la souveraineté nationale dans le contexte Européen, de la difficulté de concilier l’intérêt économique des grands groupes capitalistes et de leurs groupes de pression avec l’application des décisions du peuple, mais non. En matière politique, les émissions manquent vraiment d’intérêt, même si chacun y ménage soigneusement les siens.
On sait qu’en France, l’opinion publique est très sérieusement fâchée contre l’actuel président, alors qu’au Brésil, à ce qu’on dit, le président Lula a eu 80% de satisfaits – et pourtant, il était socialiste… explication de Gaspard Estrada (analyste politique à l'OPALC) : Lula a permis à sa population particulièrement le Nordeste de sortir de la pauvreté. Ils commencent à pouvoir, explique-t-il, s’acheter « la télévision et le lave-linge ». On voit le fossé qui peut exister entre une population qui aspire à atteindre les minimaux de la civilisation moderne et nous, qui sommes tentés quotidiennement par la publicité de faire l’acquisition de gadgets superfétatoires. Jamais un ministre socialiste ne pourra nous satisfaire avec des promesses aussi sommaires que la télévision (nous la regardons quatre heures par jour, ce qui selon toutes les études (voir Michel Desmurget) nous abrutit) et le lave-linge (nous l’avons déjà, sans parler du sèche-linge, du lave-vaisselle, du four à micro-ondes, de l'ordinateur, du téléphone portable, que sais-je ?)
Les Brésiliens, les Chinois, les Indiens achètent en masse ce dont nous sommes déjà pourvus… On n’a aucune chance, dans ces conditions, d’atteindre leurs taux de croissance et pas plus leurs taux de satisfaction. Nous sommes gavés, au point que nous avons même des écologistes qui prônent la modération (ce n’est pas, je crois, le cas de Noël Mamère, qui lui veille scrupuleusement à être réélu).
Le malheur, c’est que notre gauche n’est pas assez conservatrice. Tous les acquis sociaux qu’elle devrait défendre : les retraites, la sécurité sociale, le droit des salariés, et c. elle ne les défend pas particulièrement, elle lâche du lest face aux demandes des capitalistes. Ces derniers ont besoin de rentabilité pour leurs placements. Au nom de la « compétitivité » on va « assouplir » le droit du travail, ce qui va entraîner des risques pour les salariés. Au-delà de l’accès aux biens de consommation, n’est-ce pas le rôle de la gauche de veiller à ce que les intérêts des puissants n’empiètent pas sur les conditions de vie des citoyens de base ?
Aucun mot là-dessus de de nos prétendus « spécialistes ».

2 commentaires:

Tietie007 a dit…

Difficile de faire du social quand y'a plus un rond dans les caisses.

TontonK100D a dit…

La fraude fiscale, voilà ce qui vide nos caisses... certains pays bien connus fondent leur prospérité là-dessus avec l'assentiment des économistes et de nos dirigeants.